11 juin 2009

De la résistance: une réflexion de Jean Veyssière

Cette réflexion de Jean Veyssière me parait être une bonne introduction à cette catégorie consacrée aux résistances palestiniennes. Elle date de 2004 mais elle me semble toujours pertinente aujourd'hui.

Tenter de dire ce qu’est résister, devant un auditoire comprenant de nombreux Résistants, et non des moindres, c’est ne pas manquer d’audace pour un qui comme moi était tout juste encore trop petit garçon pour devoir s’engager dans le combat contre l’occupant nazi.

Je vais cependant m’y risquer, à partir de ce que je sais de la situation en Palestine occupée et à Gaza: il y a deux ans, parmi 30 grenoblois, je suis parti en mission civile là-bas. Et face à la guerre coloniale menée par Israël contre le peuple palestinien, j’ai repensé à la puissante formule de Mai Van Bo, dirigeant vietnamien, lors d’un congrès de solidarité à Grenoble en Juillet 1968 : "Nous n’avons d’autre choix que la servitude ou la victoire. Pour vaincre l’ennemi américain, il nous faut mener le combat sur trois fronts, la lutte armée sur le terrain, l’action diplomatique, le développement de la solidarité des peuples du monde entier". La cuisante défaite de l’armée américaine, en 1975, malgré B52, napalm, défoliants, massacres de civils, incendies  de villages…, a montré la justesse de cette intelligente et efficace stratégie de résistance sur « les trois fronts ».

N’est-elle pas la bonne stratégie, quel que soit l’oppresseur? Et les résistants à l’occupant nazi en-ont ils utilisé une autre?

Je vais répondre maintenant à trois interrogations, avant de conclure sur la résistance du peuple palestinien: qu’est-ce que résister ; pourquoi résister ; comment résister .

On peut dire, vite, que résister c’est refuser l’inacceptable et agir individuellement et collectivement avec son peuple (ou en solidarité avec un peuple en lutte, je pense aux brigades internationales en Espagne) pour  liquider cette situation intolérable. On peut dire cela bien mieux!

Pourquoi une femme/un homme entre-t’elle/entre-t’il  en résistance ouverte? Sans aucun doute parce qu’il ressent le  besoin irrépressible de faire respecter  sa dignité personnelle, qui se confond avec le respect du droit à la dignité de tout son  peuple opprimé. Parce que l’indépendance retrouvée, conquise, de son peuple, est seule de nature à lui permettre d’assumer sa propre liberté d’être humain.Vivre libre parmi les siens…Ce besoin de liberté  est si puissant qu’il conduit à jouer sa vie! A la donner généreusement. Là encore on peut dire bien mieux.

Comment agir avec le plus d’efficacité contre l’occupant, le colonisateur? Je réponds sans hésiter: par tous les moyens pacifiques, politiques, économiques, civiques, mais aussi par les armes  quand l’oppresseur ne laisse aucune autre voie ouverte, refuse de reconnaître le droit du peuple opprimé, occupé illégalement, colonisé: le droit à la lutte armée est reconnu à tout peuple en lutte pour son indépendance par la communauté internationale,  par les peuples du monde, par l‘ONU.

Mais l’exemple viet-namien l’a brillamment prouvé, la condition de la victoire finale  est de savoir combiner la lutte sur les trois fronts; ce qui revient à dire qu’il ne faut laisser aucun terrain à l’ennemi oppresseur, colonisateur ; surtout avec les moyens d’information et de désinformation actuels (de manipulations médiatiques ;on ne gagne plus  une guerre de libération  sans communiquer). Autrement dit la résistance ne doit en aucun cas donner « une arme médiatique » à l ‘ennemi si elle veut vaincre. Elle ne peut, à peine de défaite politique et morale, utiliser  les méthodes ignobles de l’oppresseur, si elle veut parvenir à l’isoler, y compris auprès du peuple de l’état oppresseur: sa fin étant juste, les moyens doivent être acceptables, reconnus  légitimes par l’opinion. J’ai essayé de répondre aux trois interrogations.

Pour conclure je reviendrai sur la guerre coloniale qu’Israel impose au peuple palestinien. Le peuple palestinien résiste, résistera, vaincra ou ne sera pas: "la victoire ou la servitude", comme le peuple vietnamien, comme le peule algérien. Il le sait. Je l’ai vu, aux checks points de Cisjordanie, à Gaza, ripostant par une dignité incroyable aux humiliations que lui impose l’armée d’occupation: Résistance!

Mais puisse ce noble peuple approuver ceux de plus en plus nombreux de ses dirigeants politiques, intellectuels, qui disent : "Intifada (Résistance) oui, par tous les moyens, sauf par le recours  aux attentats - suicides ou non - aveugles qui visent les civils israéliens .Le peuple israélien n’est pas notre ennemi, mais Sharon, son gouvernement, son armée coloniale. De nombreux israéliens sont acquis à notre lutte pour un état indépendant viable, vivant en paix à côté d’Israel." J’ajoute: pas de barbarie du côté des Résistants.

Oui, j’ose le dire: la Résistance s’arrête là où commence l’attentat terroriste aveugle, même si on lui attibue efficacité: pour des Résistants, non, la fin ne justifie pas les moyens! -à la différence des oppressurs- ; pour des raisons morales, mais aussi de véritable efficacité: il n’est pas difficile que de voir comment Sharon (avec son ami Bush) et les Sharonnards de par le monde utilisent, sur tous les médias,  chaque attentat en Israël pour pousser sa stratégie d’annexion de la Cisjordanie, bravant toutes les décisions de l’ONU et les règles les plus élémentaires du Droit International tentant d’anéantir l’espoir du peuple Résistant de voir enfin reconnaître son droit à un état indépendant et  viable, vivant en paix avec Israel; que d’observer combien ces attentats médiatisés permettent aux dirigeants européens, par exemple, de ne pas agir comme ils pourraient( et devraient) le faire, pour ramener Sharon au respect du DROIT INTERNATIONAL.

Résistance ? "Le combat sur les trois fronts". Ce  sera le mot de la fin.

Discours prononcé lors d'un débat organisé par l'ICD en mai 2004.

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